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Burkina Faso : Les ateliers du Bocage
Paru dans Journal Terre n°129 - automne 2010 le 23/03/2011

Les Ateliers du Bocage Burkina sont une représentation de l’association Ateliers du Bocage France. Tout est parti d’une amitié entre le directeur général des Ateliers du Bocage France et le représentant d’Emmaüs International Burkina. Il s’agissait d’expérimenter au Burkina Faso l’expérience française des Ateliers du Bocage. Présente au Burkina depuis 2005, l’association est aujourd’hui leader dans le domaine de la collecte et du recyclage de matériel informatique et d’équipements électriques et électroniques.

L’idée de départ était de mettre à la disposition des populations burkinabé du matériel informatique performant à moindre coût en commercialisant du matériel reconditionné. Au-delà du réemploi d’équipements informatiques, les Ateliers du Bocage contribuent ainsi à la réduction de la fracture numérique au Burkina par la promotion de son matériel dans les secteurs socioéducatifs. Les populations peuvent se procurer du matériel informatique d’occasion performant à un prix accessible (60.000 FCFA pour un ordinateur garanti six mois). Entre 2005 et 2008, près de 3.000 ordinateurs reconditionnés en France ont été mis à la disposition du marché burkinabé.

Un cybercafé a été ouvert facilitant l’accès des jeunes à internet. Les clients sont principalement des novices dans l’utilisation de l’outil informatique. Le cybercafé les accompagne dans la prise en main de leur nouvelle acquisition ou les encourage à acquérir un ordinateur, outil devenu incontournable dans un monde en perpétuelle mutation.

Aller au-delà de la recherche de profit

Au fil des années, une question cruciale pour l’environnement s’est posée : que faire du matériel en fin de vie ? En effet, le constat était alarmant : sous prétexte de lutter contre la fracture numérique, le Nord transforme progressivement l’Afrique en dépotoir pour ses déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), au mépris des dispositions de la Convention de Bâle. Le constat était d’autant plus préoccupant que les infrastructures de recyclage susceptibles d’absorber ces déchets étaient quasiment inexistantes. Une fois arrivé en fin de vie, le matériel informatique - constitué d’éléments pollueurs - était abandonné dans la nature ou brûlé ; aucune initiative n’était prise pour le recycler au niveau local. Il était donc urgent de combler ce déficit. C’est la raison pour laquelle l’activité de vente a été mise en place : elle devait générer les ressources nécessaires pour le volet « dépollution » (ce dernier ne bénéficiant d’aucune sorte de financement extérieur). La boutique représente donc le pilier principal sur lequel reposent tous les autres volets ; elle permet à la structure de rester autonome et de créer des emplois. Depuis 2008, les Ateliers du Bocage récupèrent sans frais le matériel informatique en fin de vie. Faute de res¬sources humaines et matérielles pour recycler le matériel collecté à Ouagadougou, les déchets collectés sont démantelés, triés puis conditionnés et convoyés aux Ateliers du Bocage France. Le personnel embauché ne s’occupe que du démantèlement et du tri des différents composants informatiques avant de l’acheminer en France pour un traitement écologique.

Des ordinateurs aux téléphones portables

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La société de téléphonie mobile Orange France, partenaire depuis 2010 des Ateliers du Bocage a été d’un fort soutien pour la mise en place du projet de collecte de téléphones portables et d’accessoires usagés. Comme partout, les téléphones portables sont de plus en plus utilisés au Burkina. Malheureusement, dans ce domaine non plus, aucun système de récupération n’existe. En outre, les populations ignorent les effets néfastes des déchets sur l’environnement. Les réparateurs de téléphones se retrouvent en possession de grandes quantités de portables hors d’usage ; une fois qu’ils en ont exploité au maximum les différents composants, ils brûlent les déchets ou les mélangent aux ordures ménagères. Une grande campagne de sensibilisation a été menée auprès de ces réparateurs afin qu’ils apportent leurs déchets aux Ateliers du Bocage, en échange d’un chargeur d’origine garanti deux ans. Une fois les déchets collectés, ils sont triés et condition¬nés avant d’être transférés en France. Le ministère de l’Environnement et du Cadre de vie facilite le transfert jusqu’en France. Aucun composant n’est valorisé localement.

Une triple contribution pour un monde meilleur

“Contribuer par le réemploi des équipements informatiques à la réduction de la facture numérique au Burkina, tout en préservant l’environnement par la réduction des risques liés aux déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) et agir en faveur de l’insertion par le travail à travers les emplois générés par notre activité“, telle est la mission des Ateliers du Bocage Burkina. La collecte de déchets téléphoniques est une activité d’économie sociale qui contribue à assainir l’environne¬ment et à réduire le taux de chômage des jeunes par l’insertion socioprofessionnelle. En effet, la collecte et le tri des téléphones emploie directe¬ment plus d’une demi-douzaine de jeunes. L’activité est en outre une source de revenu pour les réparateurs qui revendent à des prix intéressants les chargeurs reçus en compensation du matériel cédé aux Ateliers du Bocage Burkina.

Enfin, l’activité débarrasse la nature d’éléments polluants préservant ainsi la santé des réparateurs de portables, mais aussi de toute la population qui ne s’expose plus à la fumée provoquée par la destruction des déchets. Certaines personnes vont jusque dans les provinces collecter les déchets téléphoniques afin de profiter de la compensation, évitant ainsi que le Burkina se retrouve dans une situation de pollution électronique. En six mois, 6.800 kilos de déchets téléphoniques ont été collectés.

Une activité menée non sans difficultés

La difficulté majeure à laquelle sont confrontés les Ateliers du Bocage reste sans conteste la collecte des équipements usagers auprès des ménages. Les équipements de ce type, même hors d’usage, ne sont pas nécessairement considérés comme déchets ; ils trouvent plutôt une place de choix dans le salon comme objet de décoration. La plupart des propriétaires hésitent encore à les abandonner gratuitement au centre de traitement. À ce stade, le problème se situe principalement à six niveaux :

• le caractère non contraignant des textes de lois quant à la gestion des déchets (responsabilité du propriétaire) ;

• le niveau très bas de l’esprit écocitoyen de la population ainsi que de son ignorance face aux dangers que peuvent représenter les déchets en général et ceux issus d’équipements électriques et électroniques en particulier ;

• l’absence d’application au niveau local de textes relatifs à la destination des déchets électriques et électroniques ;

• le déficit d’information et de formation des usagers du matériel électronique sur les risques sanitaires et environnementaux liés aux déchets d’équipements électriques et électroniques ;

• l’absence de structures appropriées de collecte, traitement et valorisation de tous les déchets électriques et électroniques ;

• les difficultés de collecte du matériel vétuste car, d’une part l’accès est difficile parce que le matériel se trouve au domicile des utilisateurs, et d’autre part les autorités n’ont pas de moyens pour les éliminer de façon sûre et efficace.

Vu les difficultés rencontrées pour la collecte des DEEE, les Ateliers du Bocage avec l’appui de ses partenaires (ministère de l’Environnement et du Cadre de vie, la commune de Ouagadougou, Orange, Emmaüs France) prévoient de mener une large campagne continue de sensibilisation de la population sur les risques liés aux DEEE et la nécessité de les collecter et de les traiter suivant une filière sûre et respectueuse de l’environnement.

Article et photos : A.Ouédraogo et S.Varagne (Autre Terre - Coordination régionale d’Afrique de l’Ouest) Source : entretien avec M. Alassane Sanou, ingénieur Qualité-Sécurité-Environnement aux Ateliers du Bocage de Ouagadougou, Burkina Faso

Journal Terre n°129 - automne 2010 - p.25-26-27

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