Bonjour Vincent, en tant que responsable du programme AdB-Solidatech, de développement technologique des associations en France, vous avez donc eu la formidable opportunité de participer au dernier Sommet des contributeurs de TechSoup Global en février 2011. Et il nous a été rapporté que vous avez beaucoup échangé avec d’autres partenaires durant votre séjour à la Silicon Valley. Pouvez-vous nous préciser quelques exemples d’actions associatives qui utilisent les nouvelles technologies pour aider les populations ?
« Bien sûr, par exemple l’utilisation de la téléphonie mobile dans les pays en voie de développement pour avoir un impact social de plus en plus fort. L’association « Amis Cameroun » équipe les fermiers et leur permet de recevoir des informations par SMS sur la demande et le cours des matières, sur la météo, sur les bonnes pratiques en matière d’agriculture. Le téléphone portable est ainsi sublimé pour devenir un véritable outil d’éducation et de formation. L’objectif final est d’aider ces fermiers à améliorer leur situation économique en mettant un terme aux manipulations des intermédiaires crapuleux qui étaient les seuls à leur communiquer ces informations jusqu’à présent. La question de l’illettrisme est également bien prise en compte, car les fermiers sont encouragés à travailler en réseaux, ceux qui savent lire transmettent les informations et les bonnes pratiques à leurs confrères. »
« Un autre exemple qui m’a marqué c’est l’utilisation du téléphone portable au Malawi comme véritable outil d’amélioration de la santé publique. « Medic Mobile » intervient spécifiquement sur la prévention pour la santé. L’association équipe une personne dans chaque village qui sera alors le relai des centres de santé pour tous les habitants. Formée à identifier les premiers symptômes de maladies telles que la Malaria, elle transmet ainsi l’information par SMS au centre le plus proche qui peut alors envoyer une équipe mobile sur place. Détectées suffisamment tôt, certaines de ces maladies peuvent alors être traitées et les patients guéris. Les centres de santé utilisent également les SMS pour informer les hôpitaux de l’état de leurs stocks en fournitures médicales. Tout le système est plus efficace. »
Est-ce que vous avez d’autres exemples un peu à part et qui vous ont fait réagir durant le sommet ?
« « Story of stuff », un film réalisé sous licence creative commons qui donne la possibilité de le partager et de le diffuser librement à travers le monde. Ce film a eut un impact phénoménal aux USA et nous sommes complètement passé à côté en France. Le Film explique l’histoire et le développement des produits de consommation jusqu’à leur empreinte carbone. Aujourd’hui il est même utilisé dans le secteur éducatif pour apprendre aux étudiants l’impact du consumérisme, des cours d’écoles jusque dans les amphithéâtres des universités. Je le recommande vivement à tous nos lecteurs. »
Au final que vous a apporté ce déplacement ?
« Nous avons fait remonter les besoins du secteur associatif français qui concernent notamment des logiciels comptables, des solutions Adobe et des équipements matériels. En France nous n’avons que 3 donateurs alors que les USA en comptent 43. Ceci s’explique par l’historique de TechSoup aux USA qui leur a conféré de vrais rapports de proximité avec les associations et les donateurs de leur pays. La Silicon Valley reste le berceau mondial des innovations technologiques. Mais les besoins existent aussi à l’international, donc nous avions beaucoup de questions sur la façon d’étendre ces donations à l’étranger, d’un point de vue logistique, humain et financier.
En parallèle ces échanges nous font réfléchir et mettent chaque participant dans un mode créatif pour affiner de nouvelles idées qui aideraient les associations et pas seulement en France. »
Vous étiez également présent au sommet de 2009, seulement un an après le lancement d’AdB-SolidaTech, qu’avez-vous pensé de l’édition 2011 ?
« En 2009 le programme TechSoup était opérationnel dans une vingtaine de pays, contre 36 aujourd’hui. Le sommet était consacré au développement de ces programmes et à la rencontre des partenaires qui les géraient. C’était aussi l’occasion de découvrir les organisations qui rejoindraient le réseau dans les années à venir. 2011 a été plus ouvert avec plus d’interlocuteurs de tous horizons, de réseaux différents mais tous centrés sur les mêmes aspirations liées à l’utilisation des technologies pour le développement des associations et de leur impact auprès des populations dans le besoin. »
J’imagine que vous avez de nombreuses idées qui bouillonnent actuellement. Qu’envisagez-vous comme développements futurs pour le programme AdB-SolidaTech ?
« Nous devons renforcer la communication du programme afin qu’AdB-SolidaTech soit mieux connu du monde associatif français en se basant sur des outils sociaux comme Youtube, Flickr, Twitter, Facebook... Je pense déjà à une recherche de partenaires pour répondre à ce besoin. Aujourd’hui trop d’associations dépensent des budgets considérables pour s’équiper et développer leurs usages alors que ces fonds devraient servir au cœur de leurs missions. Et à contrario, trop de petites associations ne se développent pas technologiquement car elles ont peu de connaissances et de moyens. Il faut améliorer notre offre en allant à la recherche de nouveaux donateurs pour offrir une aide plus forte aux associations du programme. Plus il y aura d’associations bénéficiaires plus de nouveaux donateurs entreront dans le cercle et toutes les associations du programme pourront en bénéficier.
Il est nécessaire aussi de faire travailler plus d’associations en réseau pour mutualiser les compétences et les moyens et ainsi augmenter l’impact de tous. »
L’édition 2013, c’est prévu dans votre planning ?
« Oui évidemment ! Mais espérons aussi qu’il fera beau car la Californie c’est pas toujours le plein soleil... (rires) »
Merci Vincent d’avoir accepté de répondre à nos questions.
Etienne Delorme - 3 mars 2011